Écrire moins ici. Façonner à la cuillère des petites meringues bien blanches, brillantes et
croquantes. Dès que je peux, rôtir assise au soleil avec mon livre ou en fermant les yeux.
Manger dehors le midi, même travailler un peu depuis le jardin aussi, tant que la batterie le
permet. Reprendre Le Bureau des Légendes depuis le tout début avec mon amoureux le soir.
{ ci-dessous les belles photos d’Anna Cabrera & Ángel Albarrán, couple espagnol qui travaille
la texture et la couleur dans leurs tirages platine, palladium, cyanotype et argentique }

Rapporter soixante œufs sur le porte-bagage sans faire d’omelette. Passer beaucoup
de temps à la cuisine. Préparer de délicieuses langues de chat, recevoir nos jolis boutons
de tiroir en porcelaine blanche. Commencer à chercher un logo qui illustre ma future
coopération avec Fabien et Guillaume. Composer une playlist avec de doux morceaux
pour Marion, une série sur les juifs hassidiques de Brooklyn. { ci-dessous les pickles de
radis noir, et les noix, amandes et noisettes dans leurs paniers en tissus faits-maison }

De la neige dimanche, pendant que je parle une heure au téléphone avec Basile sur le
canapé. Un grand écran pour le vidéoprojecteur, dans le salon. Une brioche, un gâteau
renversé à l’ananas, des gnocchis avec de la courge Butternut, façonnés pendant des
heures. Le changement d’heure qui laisse le soleil rester plus longtemps le soir. Sortir
faire le tour du pâté de maison, s’aérer.
{ ci-dessous la série de photo de Colin Hughes,
s’attardant dans le ferry pour aller de Manhattan à Staten Island }

Passer du temps à lire des articles et des débats soit angoissants soit énervants. Avancer
dans le travail, les doigts un peu gelés sur mon nouveau bureau précaire : la belle table ronde
du salon. Retrouver l’usage de mon arobase sur mon clavier. Retourner chercher notre ration
de légumes, se lancer dans des recettes un peu longues, prendre le temps. { ci-dessous le
gâteau au miel avec des figues et des noix, et les jolis papiers de chez Pepin Press (motifs
indiens et William Morris) qui me servent à tapisser l’intérieur de boîtes et tiroirs en bois }

Un scutigère véloce qui sort du pain, un gâteau à l’orange caramélisé. Pendre le linge
dehors, au soleil et au vent. Aller chercher la livraison de nos légumes quand même, avec
nos masques cousus main. Fabriquer deux trousses avec la machine sortie. Regarder un
épisode de Ru Paul chaque soir, terminer enfin Lumière d’août de Faulkner, six cent pages
de terrible folie humaine, contente de passer à autre chose. { ci-dessous les photos de
l’allemande Bettina Güber, délicates et étranges natures mortes d’automne à l’assiette }

Encore un aller en voiture avec les derniers cartons, lampes, plantes. Il reste mes meubles.
Emmener tous mes dossiers, s’installer un bureau à la maison. Les spectacles de théâtre
annulés, le cinéma fermé, les réunions et visites stoppées. Prendre quand même deux places
pour Thom York en juillet. En profiter pour ranger, rattraper le retard sur les podcasts, cuisiner.
Essayer de ne pas trop angoisser, résister aux rumeurs et colportassions et garder le virus loin
de nous. { ci-dessous un joli pot à pois dans la cuisine et des plaids tous doux pour le canapé }

Préparer des rillettes de lentilles et poireau, une soupe de fanes de radis et aussi des
aspics printaniers. Couper les légumes en tout petit, les cuire séparément. Mélanger la
gelée à la mayonnaise et démouler les petits tas le lendemain. Aller voter à deux sur nos
vélos sous le soleil. Regarder deux Miyazaki au lit, réparer le trou de ma robe. Placer tous
les épices sur les nouvelles étagères, ranger encore un peu. { ci-dessous les photos de
Tanya Marcuse, qui les compose dans son studio en extérieur en collectant des plantes }