archive

LA PHOTO

Partager en deux la première fraise du jardin avec un très bon parfum, aller chercher
plein de sushis, recevoir un coup de fil de Déborah Dupont, la libraire de l’émission
On va déguster, pour la commande du très beau livre Le pain, de la terre à la table de
Christophe Vasseur. Un premier bouton de moustique aussi. Camper deux jours dans
l’appartement quasiment vide, le rendre propre. { ci-dessous les photos du canadien Ian
Brown
, un travail d’anthropologie urbaine dans les rues de la ville sinistrée de Detroit }

On attends le rouge de nos quelques fraises. On file à vélo faire des queues interminables
de personnes à un mètre les unes des autres, pour rapporter asperges, tomates de la Drôme,
et de l’ail tellement nouveau qu’il n’a pas encore de gousses. Des cookies au chocolat et à la
noix de coco, la visite du jardin botanique laissé à l’abandon, des arbres en train de sécher, de
belles fleurs sauvages, deux canards, un chat roux et de grosses grenouilles. { ci-dessous les
compositions de piles de livres poches de l’artiste Mary Ellen Bartley, aux tranches colorées }

Préparer des falafels avec des pois cassés, jolies petites boules jaunes épicées. Lire
dans le jardin, l’histoire d’une famille, d’un secret et d’un village. Trier, ranger, trouver
une place aux choses, à nouveau.
Retrouver mes notes de bac, mes bulletins de collège,
rêver que je dois repasser le BTS. Observer trois jeunes faucons pèlerin grâce à la LPO
et une caméra postée sur une cheminée d’usine.
{ ci-dessous les photos du danois Anders
Schønnemann, et ses jolies compositions culinaires épurées aux couleurs douces }

Se perdre un peu dans les jours, ne pas trop penser à plus loin, le soleil toujours là.
Premier barbecue, à deux. Commencer à savoir où est le soleil selon le moment de la
journée, se balancer dans le hamac comme un Marsupilami. Terminer Mangeclous, trier
les affaires d’hiver, les remiser. Accrocher deux patères dorées dans la chambre. Prendre
en photo les fleurs, le fin pollen qui se dépose sur la table tous les jours. { ci-dessous une
plante délicate dans l’eau, cadeau de Fanny et une vieille photo de la place Jean Gigoux }

Écrire moins ici. Façonner à la cuillère des petites meringues bien blanches, brillantes et
croquantes. Dès que je peux, rôtir assise au soleil avec mon livre ou en fermant les yeux.
Manger dehors le midi, même travailler un peu depuis le jardin aussi, tant que la batterie le
permet. Reprendre Le Bureau des Légendes depuis le tout début avec mon amoureux le soir.
{ ci-dessous les belles photos d’Anna Cabrera & Ángel Albarrán, couple espagnol qui travaille
la texture et la couleur dans leurs tirages platine, palladium, cyanotype et argentique }

De la neige dimanche, pendant que je parle une heure au téléphone avec Basile sur le
canapé. Un grand écran pour le vidéoprojecteur, dans le salon. Une brioche, un gâteau
renversé à l’ananas, des gnocchis avec de la courge Butternut, façonnés pendant des
heures. Le changement d’heure qui laisse le soleil rester plus longtemps le soir. Sortir
faire le tour du pâté de maison, s’aérer.
{ ci-dessous la série de photo de Colin Hughes,
s’attardant dans le ferry pour aller de Manhattan à Staten Island }

Un scutigère véloce qui sort du pain, un gâteau à l’orange caramélisé. Pendre le linge
dehors, au soleil et au vent. Aller chercher la livraison de nos légumes quand même, avec
nos masques cousus main. Fabriquer deux trousses avec la machine sortie. Regarder un
épisode de Ru Paul chaque soir, terminer enfin Lumière d’août de Faulkner, six cent pages
de terrible folie humaine, contente de passer à autre chose. { ci-dessous les photos de
l’allemande Bettina Güber, délicates et étranges natures mortes d’automne à l’assiette }