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LA PHOTO

De mon nouveau bureau-maison, j’entends les coups de sifflets stridents lancés depuis
le terrain d’athlétisme en bas. J’aime bien me dire que je suis mieux ici qu’en train de courir
dans le froid. Tapisser le couloir du haut avec un papier rose clair avec de délicats motifs en
pointillés floraux. Acheter de la levure, préparer deux brioches et un beau pain à l’ail. Préparer
des collages, tous mes papiers éparpillés au sol pour les choisir et les assembler. Les encadrer
de blanc. { ci-dessous les photos-reportages de Corinna Kern, allemande basée en Israël }

Plier des jolis bateaux en papiers pour refaire un stock de guirlandes, choisir du papier
peint pour la maison, relancer l’émission Silencio, refaire des visio-conférences, regarder
un épisode de Fargo par semaine. Faire une tarte tatin d’endives au miel, peindre en blanc
autour des balustres noires. Quitter mon bureau, me confiner finalement sans trop avoir
le choix. Reprendre les balades d’une heure autour du quartier. { ci-dessous les tapis
artistiques en laine de la créatrice Alexandra Kehayoglou, qui représentent des paysages }

L’annonce d’un nouveau confinement hivernal et la fermeture du cinéma, du théâtre,
de la piscine et des coiffeurs. Un dernier resto avec un burger tout noir, le voyage à
Grenoble annulé une deuxième fois, plus d’invitations de copains. Une séance de
Shiatsu contre la fatigue, de l’iode et du Ginseng, rire devant les aventures et la joyeuse
naïveté de Chien Pourri, décoller le papier peint des couloirs et trouver de grosses fleurs
marrons. { ci-dessous les photos d’hiver minimaliste du japonais Masato Ninomiya }

Un bain brulant avec des sels verts, une panne de chauffage au bureau, la pluie et le sol
glissant de la Grande Rue, presque octobre. Plusieurs pièces de théâtre, des lettres écrites
par des adolescents, des acrobates en répétition. La belle vallée de la Loue, les virages en
bus, de gros lapins marrons en cage. Un cours de Pilates et des courbatures aux bras, des
bretzels trop salés, deux fougasses avec des oignons rouges et encore un gâteau renversé
à l’ananas frais.
{ ci-dessous les photos de Paul Hiller, et ses parcs d’attractions colorés }

Les rayons du soleil qui plongent dans le bleu piscine de quatre mètres, nager à nouveau
et être bien. Les trois cigognes qui se perchent sur les lumières du stade pendant deux jours,
la recyclerie qui reprend, des gants colorés, un mix avec Radiohead et Amon Tobin. Partir à
vélo jusqu’à Dole, un pique-nique, des photos, un ragondin qui traverse. Une tarte aux pommes,
une montgolfière et une baleine qui avance à 25km/h au cinéma. { ci-dessous les magnifiques
photos de l’américaine Pamela Heemskerk, des histoires d’émotion, de mystère et de nature }

Revoir Houda et boire du vin blanc, préparer des club-sandwichs pour un pique-nique
du midi, des poules qui ont soif, des crevettes marinées et des confettis. Charger la voiture
et partir camper à Morteau, les nuits froides, les touristes du saut du Doubs, une friture, des
moulins souterrains, le train Suisse, le lac de Neuchâtel et les gorges magnifiques de l’Areuse.
Avoir envie de faire du pédalo. Tremper les noisettes une nuit dans l’eau, boire du jus de citron
et préparer le départ proche à vélo. { ci-dessous les forêts gelées de l’allemand
Heiko Gerlicher }

Un peu plus de vent pour aller chercher mon vélo avec des freins neufs, crever un pneu en
rentrant hier soir. La fête à Hôp dans la cour, plier le fanzine et faire un petit puzzle avec une
petite Lou, Sacha et Tim. Des grosses bruschettas aux aubergines, la piscine juste à côté de
chez moi avec presque personne. Nager le vendredi matin puis le dimanche après-midi, juste
avant la fermeture de l’été. Aller voter en déposant un grand rouleau de papier brun au bureau.
{ ci-dessous les froides photos de Martin Cox, ce que la neige laisse entrevoir du paysage }

La pile de caisses de bouteilles du brassin 52 qui attend dans le couloir, les nouveaux
grands rideaux blancs, le dénoyauteur de cerises. Des lunettes de soleil à ma vue, qu’il
faut enlever et remettre. Marcher quinze kilomètres le dimanche puis acheter des vraies
baskets. La manif, le lourd soleil qui se transforme en orage. { ci-dessous la superbe série
du taïwanais
Bo Wen Huang, parti dans une ancienne usine désaffectée au cœur de la forêt.
Une atmosphère bleutée et silencieuse, le désordre et la nature qui reprend ses droits }

Partir à travers la campagne le long de la Loue, aller voir un canapé bleu canard vieux
d’un siècle, goûter au bord de l’eau, être dehors pour le coucher du soleil tous les soirs,
préparer des pique-niques, rendre les clés, une envie de sac d’été en paille, une banquette
convertible jaune moutarde, un essai de rouleaux de printemps, mes cheveux courts derrière
ma tête et retourner en terrasse pour un thé au soleil. { ci-dessous les photos de l’allemand
Ludwig Rauch, des clichés foisonnants, qui oscillent entre peinture et photographie }

Partager en deux la première fraise du jardin avec un très bon parfum, aller chercher
plein de sushis, recevoir un coup de fil de Déborah Dupont, la libraire de l’émission
On va déguster, pour la commande du très beau livre Le pain, de la terre à la table de
Christophe Vasseur. Un premier bouton de moustique aussi. Camper deux jours dans
l’appartement quasiment vide, le rendre propre. { ci-dessous les photos du canadien Ian
Brown
, un travail d’anthropologie urbaine dans les rues de la ville sinistrée de Detroit }