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LA PHOTO

Le cerisier de ma cour a été coupé. Je m’en suis rendue compte seulement quelques
semaines après. Mes parents aussi, ont coupé leur cerisier. Par réflexe il m’arrive encore
d’écrire « Lusans » au lieu de « Dole » dans mon agenda, quand je sais que vais chez eux.
Un bain en pleine semaine, relire un carnet de l’année 2018, se rendre compte que j’avance,
malgré tout. { ci-dessous les photos socio-environnementales du tchèque Michael Novotny,
qui voyage à travers les paysages les plus reculés, Islande, Alpes,
Ouzbékistan }

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Aller chercher Basile à la gare. Retourner deux fois au bar du Barbu, un vin délicieux de
chez Ratte, un saucisson carré aux noisettes et de la cancoillotte à l’échalote. Rapporter
un moule à gâteau de la recyclerie, y ranger un peu les vêtements, habiller le mannequin.
Croiser beaucoup de monde, manger avec Damien, danser et casser l’abat-jour en papier.
{ Ci-dessous le travail du photographe français David De Beyter, qui mélange paysages,
images d’archives et 3D pour sa réflexion autour de la ruine et de la destruction }

Mes vingt-cinq petites photos carrées qui sont achetées d’un coup. Plongée dans les
chiffres 2018. Des cheveux très très courts, comme il y a longtemps. Des ongles rouge-
fraise. Le soleil qui apparaît et disparait, Le tome 2 de Vernon Subutex qui va plus vite à
lire et la cuisine de
rillettes végé avec des lentilles et le vert des poireaux. { ci-dessous
les photos blanches exposées ici et visibles en entier là. Et un petit tee-shirt tout simple
avec des jolis pois irréguliers qui font comme un pelage de fauve imaginaire }

Un vernissage blanc avec des meringues et du chou-fleur. S’endormir avec Les aventures
de Tintin, rêver que je pose ma tête sur le ventre d’un chiot tout dodu. Au matin, regarder
par la fenêtre le drap blanc accroché très haut dans l’arbre en face de ma chambre. Il a dû
atterrir là avec le vent. Depuis la grande terrasse des voisins. { ci-dessous les photographies
particulières de l’américaine Alison Rossiter, née en 1953. Elle récupère et développe de vieux
papiers photo périmés – 1900 pour le plus vieux – pour découvrir ce qu’a imprimé le temps}

Le vent qui soufflait hier après-midi a apporté la pluie ce matin. Sur les quais, avec un
thé, on s’est imaginées être à la mer avec Virg et commander des huîtres. Je suis partie
au cinéma voir l’émouvant Bouli Lanners dans un rôle de papa triste et paumé. J’ai pleuré
quand lui se met enfin à rire à pleines dents, dans la dernière scène assez folle avec ses
deux filles. Préparer toutes les feuilles d’épinards frais pour les cuire et torréfier un peu
de pignons de pin. { ci-dessous les photos de la new-yorkaise Rebecca Miller, des modèles
et portraits, où sujet, lumière, décor et couleurs sont intimement liés }

Préparer un cake au chorizo et tomates séchées, rester tard à la brasserie de Fab et
Quentin, en bas. L’étage en dessous de mon bureau. Cuisiner un gâteau au yaourt aux
bords croustillants pour le dessert, rejoindre Virg à la fin de son état des lieux pour un
verre dans le soleil qui se couche. Commencer deux films différents sans les finir. { ci-
dessous les super compositions de la designer américaine Kristen Meyer, qui organise
de façon graphique et géométrique divers objets ou aliments pour ses photos colorées }

Grimper derrière la citadelle. Un chamois qui bondit, la grotte Saint-Léonard, le début
du chemin de croix, beaucoup d’ail des ours dans les sous-bois, la voie romaine, un drôle
d’oiseau à pois avec des couleurs jaunes et rouges, le soleil énorme et orange en train de
se coucher, mes fines mitaines et des crêpes salées au sarrasin. Les toilettes d’Alice au
Pays des Merveilles et la musique des jeunes Psychotic Monks.
{ ci-dessous les photos
du suédois Håkan Strand, des clichés lumineux, calmes et silencieux, une contemplation
poétique du monde en noir & banc }