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LES JOLIES CHOSES

Passer du temps à lire des articles et des débats soit angoissants soit énervants. Avancer
dans le travail, les doigts un peu gelés sur mon nouveau bureau précaire : la belle table ronde
du salon. Retrouver l’usage de mon arobase sur mon clavier. Retourner chercher notre ration
de légumes, se lancer dans des recettes un peu longues, prendre le temps. { ci-dessous le
gâteau au miel avec des figues et des noix, et les jolis papiers de chez Pepin Press (motifs
indiens et William Morris) qui me servent à tapisser l’intérieur de boîtes et tiroirs en bois }

Encore un aller en voiture avec les derniers cartons, lampes, plantes. Il reste mes meubles.
Emmener tous mes dossiers, s’installer un bureau à la maison. Les spectacles de théâtre
annulés, le cinéma fermé, les réunions et visites stoppées. Prendre quand même deux places
pour Thom York en juillet. En profiter pour ranger, rattraper le retard sur les podcasts, cuisiner.
Essayer de ne pas trop angoisser, résister aux rumeurs et colportassions et garder le virus loin
de nous. { ci-dessous un joli pot à pois dans la cuisine et des plaids tous doux pour le canapé }

La semaine dernière encore passée à toute vitesse. Retourner dans mon lycée pour être
jury de BTS avec mes anciens professeurs. Les arbres de la cour, la passerelle, les sonneries,
l’odeur de la cantine le matin, les couloirs avec la même couleur et les jeunes qui tricotent
assis par terre. Trouer ma nouvelle robe dès le premier jour, coincée entre le frein et la roue
de mon vélo. La salle de modèle vivant avec les volets qui ne s’ouvrent plus et les chevalets.
{ ci-dessous ma première boîte tapissée de papier et les chaussettes offertes à Nino à Noël}

Un dimanche au lit, la pluie qui n’arrête plus. Mes mains qui sèchent et les plis des
empruntes digitales qui se reforment sur ma peau. Un documentaire effrayant sur le
Goulag soviétique du XXe siècle et une série flamande avec un jury d’assises composé
de douze citoyens cherchant la vérité. Le vent qui fait claquer la barrière et les volets,
sortir en pyjama. La réunion du lundi soir et un critéruium qui disparaît. { ci-dessous le
joli klaxon bleu turquoise de mon vélo et les housses et sacoches cousues à la main }

Les cartons qui s’empilent déjà, le vent froid et la pluie. Reprendre le bus, re-noter mes
rêves quotidiennement. Planifier un petit voyage à Paris début avril, chercher du sirop de
pêche bio partout, acheter finalement trois fromages. du Pecorino Pepato de l’Abondance
et du Saint-Nectaire. Répondre enfin à tous mes mails en retard, deux grands nouveaux
plaids et des patates qui germent très haut. { ci-dessous mon masque de Chat du Cheshire
pour la soirée Alice aux pays des Merveilles et des jolis carnets des Editions du Paon }

Aller deux fois à La Poste dans la journée. Avoir moins de chance l’après-midi que
le matin. Accepter d’être jury dans mon ancien lycée de BTS, cuisiner lentement en
cherchant chaque ingrédient et ustensile dans la grande cuisine. Des olives, une carotte,
deux échalotes. Trouver une deuxième boite en bois, plus petite. Acheter du beau papier
à motif et prévoir de refaire l’intérieur du tiroir à compartiments de ma petite table de
chevet. { ci-dessous des boucles-balai roses et mon gilet rose à gros boutons }

Revoir Victor qui boit du Macvin dans un verre d’Alsace au long pied vert. Descendre à
la Recyclerie sous le soleil, croiser Suzanne, trouver une jolie boite en bois couverte de
fin cuir beige, et une espèce d’ancienne cafetière de voyage. Boire un sirop de citron, se
faire deux œufs au plat, manger de la brioche fabriquée par mon amoureux, lire beaucoup
et rester allongée beaucoup. { ci-dessous les belles couleurs de mes feutres Papermate
et le poster offert à Etienne et Sandrine avec un graphique de pâtes alimentaires }