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LES JOLIES CHOSES

Un repas du dimanche dans le jardin. Monter un petit fanzine pour Hôp Hop Hop, rédiger
un inventaire comme Prévert et faire un collage. Laisser mon vélo en révision à Velotte et
rentrer à pieds sous le soleil très chaud. Déjà laisser les volets fermés pour la journée en
allant travailler. Une petite robe verte avec plain de cœurs blancs, Une série drôle et
loufoque, (presque historique) sur Catherine II de Russie. Et juillet qui arrive. { ci-dessous
les carnets Moleskines pour noter mes rêves et les portes-savons jaunes et bleus aussi }

Tomber au hasard d’une petite marche de quartier, comme au temps du confinement,
sur un muret plein de magnifiques passiflores. Tracer un petit plan du salon à l’échelle
1/30e, découper les petits meubles dans du papier, les bouger pour tout changer. Revoir
en riant Cuisine et dépendances, commander des sushis, une énorme brioche au four, et
une galette comtoise. Rentrer fabriquer des nems et manger tard. { ci-dessous la papeterie
de Monsieur Papier et les fleurs de Spirée du Japon du mois d’avril, devant la maison }

Pédaler le long du Doubs sans bateaux jusqu’à Dole, puis Seurre. Retrouver famille et
amis, rencontrer la mini Charlotte aux yeux bleus qui m’a beaucoup souri, entendre le
croassement des grenouilles, barbecue, fraises, Mölkky, légumes d’été, écluses, oiseaux,
pique-niques, un long et beau week-end pour revivre. Terminer le déménagement, retrouver
les copains de l’asso Tinternet, chercher une méridienne. { ci-dessous la jolie plante Séneçon
de Rowley qui pousse au soleil et mes nouvelles sandales en cuir un peu mocassins }

Braver la queue du bureau de Poste pour faire partir une guirlande en Australie. Rapporter
du périple des cubes de levure pour les brioches de mon amoureux. Un magnolia, les jardins
partagés, des cerises sauvages, un lièvre à l’observatoire, rentrer vite pour dépendre le linge
qui sèche, menacé par l’orage. La fin de ces balades autorisées d’une heure, le soir autour
de chez nous à la découverte du quartier. { ci-dessous encore une petite boîte en bois chinée,
repeinte et tapissée de papier à l’intérieur et des petits sablés salés au chorizo et Comté }

La journée, comme il fait toujours beau, on place les cochons d’Inde dans l’herbe du
jardin et on les observe se familiariser avec la liberté malgré leur naturel craintif et leur
envie de se cacher toujours. À un crochet, je fais sécher un peu de lilas tête en bas, et
des fleurs diverses, plus petites, en les pressant. On cuisine les fanes de tout, radis,
chou-fleur, carottes du marché. { ci-dessous la jolie pochette cousue par Virg qui me
sert de porte-feuille et la pile de livres en attente sous le Faulkner fini au confinement }

Se perdre un peu dans les jours, ne pas trop penser à plus loin, le soleil toujours là.
Premier barbecue, à deux. Commencer à savoir où est le soleil selon le moment de la
journée, se balancer dans le hamac comme un Marsupilami. Terminer Mangeclous, trier
les affaires d’hiver, les remiser. Accrocher deux patères dorées dans la chambre. Prendre
en photo les fleurs, le fin pollen qui se dépose sur la table tous les jours. { ci-dessous une
plante délicate dans l’eau, cadeau de Fanny et une vieille photo de la place Jean Gigoux }

Passer du temps à lire des articles et des débats soit angoissants soit énervants. Avancer
dans le travail, les doigts un peu gelés sur mon nouveau bureau précaire : la belle table ronde
du salon. Retrouver l’usage de mon arobase sur mon clavier. Retourner chercher notre ration
de légumes, se lancer dans des recettes un peu longues, prendre le temps. { ci-dessous le
gâteau au miel avec des figues et des noix, et les jolis papiers de chez Pepin Press (motifs
indiens et William Morris) qui me servent à tapisser l’intérieur de boîtes et tiroirs en bois }

Encore un aller en voiture avec les derniers cartons, lampes, plantes. Il reste mes meubles.
Emmener tous mes dossiers, s’installer un bureau à la maison. Les spectacles de théâtre
annulés, le cinéma fermé, les réunions et visites stoppées. Prendre quand même deux places
pour Thom York en juillet. En profiter pour ranger, rattraper le retard sur les podcasts, cuisiner.
Essayer de ne pas trop angoisser, résister aux rumeurs et colportassions et garder le virus loin
de nous. { ci-dessous un joli pot à pois dans la cuisine et des plaids tous doux pour le canapé }

La semaine dernière encore passée à toute vitesse. Retourner dans mon lycée pour être
jury de BTS avec mes anciens professeurs. Les arbres de la cour, la passerelle, les sonneries,
l’odeur de la cantine le matin, les couloirs avec la même couleur et les jeunes qui tricotent
assis par terre. Trouer ma nouvelle robe dès le premier jour, coincée entre le frein et la roue
de mon vélo. La salle de modèle vivant avec les volets qui ne s’ouvrent plus et les chevalets.
{ ci-dessous ma première boîte tapissée de papier et les chaussettes offertes à Nino à Noël}

Un dimanche au lit, la pluie qui n’arrête plus. Mes mains qui sèchent et les plis des
empruntes digitales qui se reforment sur ma peau. Un documentaire effrayant sur le
Goulag soviétique du XXe siècle et une série flamande avec un jury d’assises composé
de douze citoyens cherchant la vérité. Le vent qui fait claquer la barrière et les volets,
sortir en pyjama. La réunion du lundi soir et un critéruium qui disparaît. { ci-dessous le
joli klaxon bleu turquoise de mon vélo et les housses et sacoches cousues à la main }