Braver la queue du bureau de Poste pour faire partir une guirlande en Australie. Rapporter
du périple des cubes de levure pour les brioches de mon amoureux. Un magnolia, les jardins
partagés, des cerises sauvages, un lièvre à l’observatoire, rentrer vite pour dépendre le linge
qui sèche, menacé par l’orage. La fin de ces balades autorisées d’une heure, le soir autour
de chez nous à la découverte du quartier. { ci-dessous encore une petite boîte en bois chinée,
repeinte et tapissée de papier à l’intérieur et des petits sablés salés au chorizo et Comté }

On attends le rouge de nos quelques fraises. On file à vélo faire des queues interminables
de personnes à un mètre les unes des autres, pour rapporter asperges, tomates de la Drôme,
et de l’ail tellement nouveau qu’il n’a pas encore de gousses. Des cookies au chocolat et à la
noix de coco, la visite du jardin botanique laissé à l’abandon, des arbres en train de sécher, de
belles fleurs sauvages, deux canards, un chat roux et de grosses grenouilles. { ci-dessous les
compositions de piles de livres poches de l’artiste Mary Ellen Bartley, aux tranches colorées }

La journée, comme il fait toujours beau, on place les cochons d’Inde dans l’herbe du
jardin et on les observe se familiariser avec la liberté malgré leur naturel craintif et leur
envie de se cacher toujours. À un crochet, je fais sécher un peu de lilas tête en bas, et
des fleurs diverses, plus petites, en les pressant. On cuisine les fanes de tout, radis,
chou-fleur, carottes du marché. { ci-dessous la jolie pochette cousue par Virg qui me
sert de porte-feuille et la pile de livres en attente sous le Faulkner fini au confinement }

Préparer des falafels avec des pois cassés, jolies petites boules jaunes épicées. Lire
dans le jardin, l’histoire d’une famille, d’un secret et d’un village. Trier, ranger, trouver
une place aux choses, à nouveau.
Retrouver mes notes de bac, mes bulletins de collège,
rêver que je dois repasser le BTS. Observer trois jeunes faucons pèlerin grâce à la LPO
et une caméra postée sur une cheminée d’usine.
{ ci-dessous les photos du danois Anders
Schønnemann, et ses jolies compositions culinaires épurées aux couleurs douces }

Se perdre un peu dans les jours, ne pas trop penser à plus loin, le soleil toujours là.
Premier barbecue, à deux. Commencer à savoir où est le soleil selon le moment de la
journée, se balancer dans le hamac comme un Marsupilami. Terminer Mangeclous, trier
les affaires d’hiver, les remiser. Accrocher deux patères dorées dans la chambre. Prendre
en photo les fleurs, le fin pollen qui se dépose sur la table tous les jours. { ci-dessous une
plante délicate dans l’eau, cadeau de Fanny et une vieille photo de la place Jean Gigoux }

Écrire moins ici. Façonner à la cuillère des petites meringues bien blanches, brillantes et
croquantes. Dès que je peux, rôtir assise au soleil avec mon livre ou en fermant les yeux.
Manger dehors le midi, même travailler un peu depuis le jardin aussi, tant que la batterie le
permet. Reprendre Le Bureau des Légendes depuis le tout début avec mon amoureux le soir.
{ ci-dessous les belles photos d’Anna Cabrera & Ángel Albarrán, couple espagnol qui travaille
la texture et la couleur dans leurs tirages platine, palladium, cyanotype et argentique }

Rapporter soixante œufs sur le porte-bagage sans faire d’omelette. Passer beaucoup
de temps à la cuisine. Préparer de délicieuses langues de chat, recevoir nos jolis boutons
de tiroir en porcelaine blanche. Commencer à chercher un logo qui illustre ma future
coopération avec Fabien et Guillaume. Composer une playlist avec de doux morceaux
pour Marion, une série sur les juifs hassidiques de Brooklyn. { ci-dessous les pickles de
radis noir, et les noix, amandes et noisettes dans leurs paniers en tissus faits-maison }

De la neige dimanche, pendant que je parle une heure au téléphone avec Basile sur le
canapé. Un grand écran pour le vidéoprojecteur, dans le salon. Une brioche, un gâteau
renversé à l’ananas, des gnocchis avec de la courge Butternut, façonnés pendant des
heures. Le changement d’heure qui laisse le soleil rester plus longtemps le soir. Sortir
faire le tour du pâté de maison, s’aérer.
{ ci-dessous la série de photo de Colin Hughes,
s’attardant dans le ferry pour aller de Manhattan à Staten Island }

Passer du temps à lire des articles et des débats soit angoissants soit énervants. Avancer
dans le travail, les doigts un peu gelés sur mon nouveau bureau précaire : la belle table ronde
du salon. Retrouver l’usage de mon arobase sur mon clavier. Retourner chercher notre ration
de légumes, se lancer dans des recettes un peu longues, prendre le temps. { ci-dessous le
gâteau au miel avec des figues et des noix, et les jolis papiers de chez Pepin Press (motifs
indiens et William Morris) qui me servent à tapisser l’intérieur de boîtes et tiroirs en bois }

Un scutigère véloce qui sort du pain, un gâteau à l’orange caramélisé. Pendre le linge
dehors, au soleil et au vent. Aller chercher la livraison de nos légumes quand même, avec
nos masques cousus main. Fabriquer deux trousses avec la machine sortie. Regarder un
épisode de Ru Paul chaque soir, terminer enfin Lumière d’août de Faulkner, six cent pages
de terrible folie humaine, contente de passer à autre chose. { ci-dessous les photos de
l’allemande Bettina Güber, délicates et étranges natures mortes d’automne à l’assiette }